Que la force soit avec toi

  • 29 Novembre 2016
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La vulnérabilité : je ne sais pas vous, mais moi ce mot il m’a toujours un peu agacé, connotant quelque de chose de négatif , un truc maladif , pesant, qui retentit du fond des abysses. Bon d'accord, je m’emballe un peu mais je pense surtout que c’est parce qu’il me rappelle de mauvais souvenirs. Quelque chose de lointain, pas vraiment enterré, qui ressurgit parfois à un repas de Noël en famille.

Oui j’étais « l’enfant fragile », l’enfant sensible, j’étais en somme très vulnérable. Et cette étiquette, j’ai appris à m’en défaire, ou plutôt je me suis attelée à bien l’enfouir.

Au fur et à mesure des années j'ai construit  un tas d'astuces pour ne plus me montrer « faible ».  Murée derrière une façade bien étudiée, je me suis crue inatteignable. Des zones de protection, bien confortables certes, mais qui m'ont souvent empêché d'avancer.

Aujourd’hui je commence à entrevoir les choses autrement : ma vulnérabilité est le signe d’autre chose que de la faiblesse.  Elle est aussi l’expression d’une grande sensibilité.  Lorsque j’étais enfant, ma mère  me disait toujours, et ces mots résonnent aujourd’hui bien différemment dans mon esprit:

« Ce sont les gens les plus sensibles qui font les plus belles choses, ta sensibilité c’est ta force, c’est ce qui te permet d’être ouverte sur le monde et sur les autres. Ne déteste pas cette partie de toi ».

En voulant réfréner ma vulnérabilité, je me ferme, et donc je ferme des portes. Mais combien de fois n’ai-je pas regretté de ne pas avoir fait des choses, sous prétexte de trop m’exposer? L’humeur à présent est bien inverse: les portes, je veux les ouvrir et ce, en faisant de ma vulnérabilité une alliée.

Vous l’ignorez peut-être mais votre vulnérabilité peut être votre plus grande force. Cela peut sembler étrange, voire contre-intuitif d’associer force et vulnérabilité, deux termes qui d’habitude s’affrontent. Et oui, dans notre esprit, ce qui alimente notre force c’est d’être tout sauf vulnérable. Le self-control, la performance, la compétitivité, sont autant de terrains où la vulnérabilité n’a pas sa place.

Nous pensons ne pas avoir droit à l’erreur.

Socialement en effet, nous sommes constamment sollicités par des hauts standards de vie ; on nous vend un idéal de perfection qui exclut toute forme de faiblesse. Nous pensons alors que nous ne nous suffisons pas tel que nous sommes, avec nos défauts, nos fragilités, nos peurs. Conséquence: montrer une once de vulnérabilité viendrait à rompre notre équilibre social. 

Mais de quoi avons-nous réellement peur quand on se sent vulnérable ?

Probablement du regard et du jugement des autres. La vulnérabilité est donc généralement associée à quelque chose d'embarrassant qui peut être la cause d'un rejet des autres.  Et dans les parties archaïques de notre cerveau, c’est un risque mortel. Vulnérabilité = Grand danger ! « Les autres ne peuvent pas voir qui je suis vraiment » « Être vulnérable c’est se mettre à nu » « Être vulnérable c’est enlever les masques » Brené Brown, la chercheuse américaine qui m’a inspirée pour cet article, a beaucoup travaillé sur la vulnérabilité, et met notamment en lumière cet étonnant paradoxe : alors qu’on déteste montrer notre vulnérabilité, ce qu’on apprécie le plus chez les autres, c’est qu’ils dévoilent la leur.

  • “C’est impressionnant de voir quelqu’un élever la voix et s’engager, quand tout le monde se tait.”
  • “C’est rassurant de voir quelqu’un dévoiler ses peurs quand toi-même tu les dissimules.”

A ce paradoxe on peut ajouter que l’effet inverse est également possible : ce qu’on ne s’autorise pas pour soi, on l’accepte encore moins pour les autres. Il arrive qu’étant tellement dur avec nous-mêmes, on en vienne à dénigrer la vulnérabilité des autres.

La vulnérabilité participe de l’empathie.

Elle lie les humains entre eux, elle est au fondement même de la reconnaissance qui peut exister entre deux êtres. Pourquoi vouloir l’annuler ou la cacher ? En la masquant, nous nous déshumanisons. Essayons plutôt d’accueillir cette vulnérabilité avec plus de douceur, et moins d’appréhension. En alliée et pas en ennemie ;) Un peu de bienveillance envers soi-même !  On ne le répètera jamais assez...

Et concrètement ?  Comment on fait, me direz-vous ?

Caroline aimerait participer à un stage de déclamation.  Pour y accéder, il y a un concours. Elle doit déclamer un texte devant un jury.  Seule consigne : l’avoir écrit elle-même, seule ; en dehors de cela, elle peut faire ce qu’elle veut. La pression est très forte, parce qu’elle veut vraiment faire ce stage très prestigieux, et qui lui ouvrira la porte vers un univers qu’elle convoite depuis des années. Elle a préparé son texte, mais se rend compte qu’il est très personnel, peut-être trop: elle parle d’un chagrin  d’amour. Son ami lui dit pourtant qu’il est magnifique, très touchant, et vrai.  Avant le jour J, Caroline commence à ressentir un stress effroyable et veut tout abandonner : elle trouve son texte beaucoup trop personnel. « J’ai l’impression de trop me dévoiler, ils vont me trouver ridicule. » Comment réagir ?

  • Si Caroline met sa vulnérabilité sous protection et abandonne, elle se ferme une porte qui lui tenait tant à cœur. Elle reste coincée dans sa zone de confort, et dans ses frustrations.
  • Si Caroline choisit la voie du courage et se lance avec toute sa vulnérabilité, elle a tout à gagner. Elle ne peut pas savoir comment son texte sera accueilli. Mais ce qui est clair, c’est que, sans se lancer, elle n’a aucune chance de s’améliorer. Son champ de possibilité ne s’ouvre que si elle fait de sa vulnérabilité une alliée.

Remy veut quitter son boulot qui l’ennuie fortement. Il travaille pour la même entreprise depuis 7 ans, alors que son rêve est de voyager et de faire de l’humanitaire.  Il ressent ce besoin urgent d’être proche des autres et d’apporter sa petite pierre pour que le monde tourne un peu plus rond. Il sent qu’il a besoin de s’engager d’une façon ou l’autre.  Sa copine qui est dans une toute autre optique, veut s’installer, avoir des enfants…Il n’ose pas lui parler. Il a peur de son jugement, peur qu’elle le trouve grotesque avec ses rêves de sauveur de l’humanité. Il se souvient l’avoir entendue, lors d’une soirée, rigoler d’une amie qui disait vouloir faire de l’humanitaire. Il l’avait trouvée très snob mais n’avait rien dit. Remy se sent démuni pendant longtemps il ne lui en parle pas, il se sent vulnérable par rapport à ses jugements, il n’ose pas lui avouer ce dont il rêve vraiment. Jusqu’au jour où, prenant son courage à bout de bras, il finit par tout lui raconter. Elle accueille son histoire avec beaucoup de respect, et ils finissent par se dire qu’ils vont partir ensemble, qu’elle non plus elle ne trouve plus vraiment de sens à ce qu’elle fait.  Mais en ajoutant quand même qu’il faut qu’ils trouvent un projet concret à construire pour ne pas être dans l’idéalisme pur.

Apprendre à apprivoiser nos pensées

Même si les choses sont souvent plus complexes que dans ces petites histoires, il est bon d'apprivoiser nos pensées pour réinventer son quotidien:

  1. Pensons à notre vulnérabilité en des termes qui peuvent nous aider à avancer: "oui les erreurs et la critique existent, mais je vais braver ce qui me semble insurmontable".
  2. S'interroger : "qu'est-ce qui me fait peur dans cette situation?" "Pourquoi je me sens embarrassé ou gêné"?
  3. Se demander: "sur quoi puis-je effectivement agir ? Qu'est- ce qui dépend réellement de moi et ce qui ne dépend pas de moi?"
  4. Essayons de nous défaire de l'a priori (souvent négatif) que nous nous faisons du jugement et du regard des autres. Travaillons sur les choses positives.
  5. Osons le pas de l'incertain.

Tu peux être invincible, si tu ne t’engages dans aucune lutte. Car il ne dépend pas de toi d’être vainqueur. Epictète

 

Photo : Miguel Bruna / Unsplash